Sénégal, futur acteur majeur de la production cotonnière en Afrique de l'Ouest?
Le Sénégal, bien qu'il soit un acteur majeur dans
d'autres secteurs agricoles, reste en retrait par rapport à certains de ses
voisins en matière de production cotonnière. Cependant, avec des ambitions
claires et des stratégies en place, le pays entend redresser la barre et
renforcer la place de la filière cotonnière dans son économie. En effet, le
gouvernement et les acteurs du secteur visent une augmentation significative de
la production, avec un objectif de 25 000 tonnes de coton graine d'ici la campagne
2025/2026. Cette ambition pourrait marquer un tournant pour l'agriculture
sénégalaise.
Un objectif
ambitieux : 25 000 tonnes de coton d'ici 2026
Le 9 mai dernier, lors des préparatifs des 21èmes
Journées annuelles de l’Association cotonnière africaine (Aca) qui se tenaient
à Dakar, Papa Fata Ndiaye, directeur général de la Société de développement et
des fibres textiles (Sodefitex), a dévoilé les objectifs de la filière
cotonnière sénégalaise. Le pays vise à atteindre une production de 25 000
tonnes de coton graine d'ici la fin de la campagne 2025/2026, soit une hausse
de 66 % par rapport à la récolte de 15 508 tonnes réalisée lors de la
campagne précédente.
Ce chiffre est loin d'être anodin, car il
représente un bond considérable dans la production cotonnière du pays. Pour y
parvenir, le Sénégal compte surtout sur l'augmentation des surfaces
cultivées. En effet, la superficie allouée à la culture cotonnière devrait
passer de 12 000 hectares à 21 000 hectares d’ici la campagne 2025/2026,
soit une croissance de 75 % d’une année sur l’autre. Ces chiffres
montrent une volonté politique claire d'investir dans la filière cotonnière et
de renforcer son potentiel productif.
La route vers
l’objectif de 100 000 tonnes en 2029
Si l’objectif de 25 000 tonnes d’ici 2026 semble
ambitieux, celui à long terme de 100 000 tonnes d’ici 2029 le serait
encore davantage. Le Sénégal rêve de se positionner comme un acteur de taille
dans la zone CFA, mais pour y parvenir, il devra surmonter des défis de taille.
L’un des principaux obstacles reste la variabilité climatique, qui
impacte lourdement la production cotonnière dans la région.
La question des pauses pluviométriques
pendant la saison des pluies constitue un frein majeur. Le cycle de culture du
coton, particulièrement sensible aux intempéries, peut être perturbé par des
retards dans l’installation des pluies, des pauses prolongées ou des arrêts
précoces de l’hivernage. Le stress hydrique qui en découle compromet la
qualité des récoltes et freine la compétitivité du coton sénégalais par rapport
à d’autres producteurs de la zone, comme le Mali et le Burkina Faso,
qui bénéficient généralement d’un climat plus favorable.
Le directeur général de Sodefitex, Papa Fata
Ndiaye, souligne que « pour produire convenablement, il faut de l’eau de juin à
octobre ». Ainsi, la moindre irrégularité dans les pluies affecte gravement la
croissance du coton, ce qui explique en partie pourquoi le Sénégal peine à
atteindre ses objectifs de production.
La concurrence
avec l’arachide : un dilemme pour les producteurs
Outre les défis climatiques, le coton sénégalais
fait face à une forte concurrence de l'arachide, une culture plus rémunératrice
pour les producteurs certains années. L’arachide, bien que également soumise
aux aléas climatiques, peut offrir des rendements plus constants et une
meilleure rentabilité en fonction des prix du marché.
Ce dilemme pousse de nombreux agriculteurs à réorienter
leurs investissements vers l'arachide, au détriment du coton. Cette
situation complique encore les efforts visant à augmenter la superficie
cultivée en coton. Pour inverser cette tendance, il est impératif de renforcer
les incitations financières et de garantir une rentabilité stable
pour les producteurs de coton. Cela pourrait inclure des subventions à la
production, un accès facilité aux intrants agricoles et des mécanismes
de financement adaptés pour les petits exploitants.
Les retombées
économiques de l’essor cotonnier
L'essor de la production cotonnière sénégalaise
pourrait avoir des conséquences économiques considérables. En 2024, le
pays a exporté seulement 5 612 tonnes de coton, générant des recettes
de 6,6 milliards de francs CFA (soit environ 11,3 millions de dollars).
Ces chiffres, bien que modestes, montrent un potentiel de développement pour la
filière cotonnière, notamment en matière d’exportation.
L'augmentation de la production permettrait non
seulement de réduire la dépendance aux importations de coton, mais aussi de renforcer
l'industrie locale et de diversifier les sources de revenus agricoles.
Le coton pourrait jouer un rôle clé dans la création de emplois dans les
zones rurales, aussi bien dans la culture que dans la transformation
industrielle du coton en tissus et autres produits dérivés.
Vers une
transformation locale du coton
Au-delà de l’augmentation de la production, un
autre volet important du développement de la filière est la transformation
locale du coton. Actuellement, une grande partie du coton produit au
Sénégal est exportée sous forme brute. Toutefois, la valorisation locale
du coton, notamment à travers la création d’usines de filature et de tissage,
permettrait de générer de la valeur ajoutée et de création d’emplois.
Le développement de cette filière textile
permettrait au Sénégal de diversifier son économie, de réduire les
importations de textiles et de promouvoir le made-in-Sénégal à l’international.
Plusieurs initiatives sont déjà en place pour encourager cette transformation,
mais cela nécessite des investissements importants dans les infrastructures et
une meilleure organisation du secteur.
Un potentiel considérable à exploiter
Le Sénégal a un potentiel considérable pour
développer sa filière cotonnière. L’objectif de produire 25 000 tonnes d’ici
2026 est ambitieux, mais réalisable à condition de surmonter les défis
climatiques, la concurrence avec l’arachide et les obstacles liés à la
transformation locale. L’agriculture sénégalaise, et notamment la culture du
coton, est à un tournant. Si les efforts se poursuivent en matière
d’investissement dans les infrastructures, l’amélioration des pratiques
agricoles et la réduction des risques liés au climat, le pays pourrait bien
s'imposer comme un acteur majeur de la production cotonnière en Afrique de
l'Ouest.
Avec des initiatives et des stratégies adaptées,
le Sénégal pourrait devenir une référence dans la filière cotonnière, et
faire du coton un pilier essentiel de son économie verte et durable.